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Les pierres de la discorde

L’ouverture du Musée d’art moderne du Luxembourg est à nouveau retardée. L’«affaire de la pierre Magny Doré» prend une tournure rocambolesque.

LUXEMBOURG. Y a-t-il ou n’y a-t-il pas assez de pierre Magny Doré pour terminer le parement du Musée d’art moderne du Luxembourg (Mudam) dont les travaux sont estimés à 90 millions € ? Cette pierre particulière de Bourgogne, de teinte jaune rosée, utilisée notamment lors de la restauration du hall Napoléon au Grand Louvre, est à l’origine d’une querelle qui retarde de deux années encore l’ouverture du futur Musée d’art moderne Grand-Duc Jean du Luxembourg. Soumise en octobre 2000, la commande publique de fourniture et de pose de la pierre a été attribuée une année plus tard à la société Tracol (associée à des entreprises allemandes). Soutenant que le Magny Doré Le Louvre, disponible auprès d’un seul fournisseur (la société Sogepierre S.A., exploitant de la carrière de Magny-Lambert) n’existe pas en quantité suffisante, la société Tracol propose alors une pierre «équivalente», d’origine espagnole, mais qui ne respecte pas le cahier des charges. Aussi rare soit-elle, la pierre est pourtant celle que l’architecte I. M. Pei a choisie pour habiller les murs du Mudam, et sur laquelle il ne transigera pas.

Une affaire d’«État»
Soutenant que Tracol «n’est pas en mesure de respecter les termes de son offre» et «a fait preuve de manque de probité commerciale», Erna Hennicot-Schoepges, ministre des Travaux publics, résilie le contrat en juin 2002 après deux mises en demeure et exclut la société des marchés publics pendant six mois. Fernand Zeutzius, le patron de Tracol, plaide non coupable et accuse alors l’exploitant de la carrière d’avoir refusé la commande de pierres. L’affaire est alors placée aux mains des experts, ceux du ministère, de Tracol et de I. M. Pei, à qui l’on demande de déterminer la quantité de pierre disponible. Mais les avis divergent et rien n’est bien clair. Les communiqués fusent, la presse s’en mêle, chacun se jette la pierre. En attendant, l’ADR, le parti populiste dont Fernand Zeutzius est membre et conseiller communal, soutient celui-ci et décide de saisir la Commission parlementaire du contrôle budgétaire, remettant en cause la responsabilité de la ministre. Tracol menace aussi d’agir en justice contre la ministre pour diffamations et calomnies. Face aux attaques, Erna Hennicot-Schoepges, également chargée des affaires culturelles, déclare n’appliquer que les règles du jeu en matière d’appels d’offres publics. Elle envisagerait de dissocier la fourniture des pierres de leur pose. Ce qui retarderait encore l’ouverture du musée dont le projet date de la fin des années 1990.


 Anouchka Roggeman
04.10.2002