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Brueghel, grotesque et poétique

La monographie que Philippe Roberts-Jones consacre au maître hollandais a tout pour satisfaire à la fois l'amateur et le spécialiste.

L'auteur démontre dans son ouvrage de solides compétences ainsi qu'une capacité certaine à replacer Brueghel l'Ancien dans le monde où il a exercé son métier et imposé son style. Il souligne que si l'artiste est loin de méconnaître et d'apprécier la peinture allemande et italienne (ce qu'il prouve du début à la fin de sa carrière), il ancre sa pratique dans la culture des Flandres et en est l'émanation la plus franche. Il a le sens du grotesque, un humour grinçant, qui lui fait frôler la caricature, comme il le prouve dans des œuvres morales comme La Parabole des aveugles et Le Misanthrope (1568), ou dans ses scènes paysannes (La Moisson, Chasseurs dans la neige, La Journée sombre, La Fenaison, Le Repas de noces, et le célèbre Combat de Carnaval et de Carême (1559).

Visions fantastiques
Mais il y a aussi une gravité et une poésie dans ses paysages ou une grâce dans ses scènes religieuses, qui sont indéniablement intenses, tel que le fait valoir Le Christ et la femme adultère (1565). Brueghel peut être hanté par des visions fantastiques héritées du Moyen Âge comme dans La Chute des anges rebelles (1562), mais peut tout aussi bien être d'une culture vertigineuse : les deux versions de La Tour de Babel (1563 et 1568) sont des toiles visionnaires, et aussi une représentation très haute et très aiguë de l'humanité à travers le mythe issu de La Genèse. L'auteur met en relief les présupposés de son œuvre ainsi que les données iconographiques et spéculatives qui le sous-tendent. Et l'histoire qui y tient une si grande place est omniprésente. Brueghel n'a peur ni de parler du présent ni de viser du même coup l'éternité.


 Gérard-Georges Lemaire
14.10.2002