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La magie tourne au kitsch

Les Ballets russes sont de retour au Châtelet, avec des décors et des costumes recréés à l’identique. Où est passée la féerie d’antan ?


Petrouchka, chorégraphie : Michel
Fokine, décor et costumes : Alain
Benois. © M. N. Robert / Châtelet.
PARIS. Soleil couchant et vieux tapis : les rouges-rosés-orangés embrasent Les Danses polovtsiennes, mirages de l'Orient qui attisent avec Shéhérazade le désir d'exotisme. Les Parisiens qui reçoivent le choc des Ballets russes dans ces années 1909, 1910, 1911 retiennent la féerie visuelle bien plus que la musique. Les auteurs des livrets sont comme pour Shéhérazade ou Petrouchka, les peintres eux-mêmes, Léon Bakst ou Alexandre Benois. Quatre-vingt-dix ans plus tard, dans ce même Châtelet qui a vu leur création, reviennent les Ballets russes. Les décors et les costumes ont été recréés à l'identique. Le choc est rude.

Volupté de bazar
Couleurs grossières, outrancières, épaisses, sans grâce : c'est Hollywood au début de la couleur et du cinémascope. La sauvagerie, le primitivisme, le symbolisme, l'érotisme, tous ces «ismes» qui avaient enchanté nos arrières-grands-parents ne sont plus que toiles peintes et volupté de bazar. Le triomphe du kitsch. Que sont devenus l'évanescence du Spectre de la rose et le charme coloré de Petrouchka ? S'il reste de la féerie, c'est celle toujours renouvelée de la musique de Stravinsky, de Rimski, de Borodine. Après ces reconstitutions et reprenant la tradition de Diaghilev, le chef d'orchestre et patron du théâtre Mariinski, Valery Gergiev a commandé la mise en scène, le décor et les costumes de Casse-Noisette, de Tchaïkovski et Petipa, à un peintre : Mikhail Chemiakin a plongé dans la nouvelle d'Hoffmann pour imaginer un univers à la limite du réel où voisinent angoisse et humour, grotesque et fantastique. Une esthétique russe jusqu'à l'hyperbole.


 Nicole Duault
26.10.2002