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Expositions

De l’impressionnisme au post-suprématisme

Le Stedelijk Museum «offre» à Paris la première rétrospective Malevitch organisée en France depuis vingt-cinq ans.


Kasimir Malevitch, Bûcheron,
huile sur toile, 1912.
© Stedelijk Museum, Amsterdam.
PARIS. En 1927, Malevitch (1879-1935) est à Berlin pour préparer sa rétrospective. Mais, avant la fin de l’exposition, il est rappelé en Union Soviétique. Il confie alors ses œuvres à son ami, Hugo Häring, avec l’espoir de revenir les chercher. Erreur : malgré des requêtes répétées, il ne quittera plus le pays. En 1958, après la mort d’Häring, le Stedelijk Museum d’Amsterdam achète une partie de ces toiles sélectionnées par l’inventeur du suprématisme pour illustrer son parcours. Sont exclues de ce corpus les œuvres de jeunesse et les créations post-suprématistes, qui marquent son retour forcé à la figuration. Depuis 2000, le musée néerlandais comble cette «lacune», grâce au dépôt consenti par la fondation Khardjiev-Tchaga, du nom du critique littéraire qui a réuni une immense documentation sur l’art russe du début du XXe siècle, dont une centaine d’œuvres graphiques de Malevitch. La rénovation du Stedelijk Museum fait bénéficier le public français de ce trésor. Là où trônait il y a peu L’Araignée de Louise Bourgeois, une vingtaine de peintures et cinquante dessins ont été accrochés. «Ce parcours chronologique suit la tragédie de sa vie et montre que, dans son œuvre, il procède par ruptures fulgurantes», explique Suzanne Pagé, directrice du Musée d’art moderne de la Ville de Paris. Tout comme à Berlin, en 1927, l’exposition débute avec la Femme au journal, un tableau impressionniste de 1906. À côté d’elle, des œuvres symbolistes telles que L’Assomption, une gouache couleur or. La seconde salle est celle du cubo-futurisme avec ses larges aplats cernés et ses figures hiératiques qui doivent autant à Gauguin qu’aux icônes et aux estampes populaires, les loubok. Avec la célèbre Récolte de seigle, on sent pourtant Malevitch s’approprier les principes précubistes de Cézanne pour en tirer quelque chose de réellement neuf. L’exposition se conclut sur des visages muets et des silhouettes opaques, dessinés par un homme rompu par l’emprisonnement et la torture. Entre-temps aura eu lieu la révolution de 1915 : celle de l’invention d’une peinture sans objet.


 Zoé Blumenfeld
31.01.2003