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Patrimoine

Breitwieser, le journal d’un voleur d’art

Stéphane Breitwieser, auteur d'une longue série de vols, a été condamné à quatre ans de réclusion par la justice suisse.

BULLE. Malade d’art… On connaissait le syndrome de Stendhal, ce trouble dont une dizaine de personnes sont victimes, chaque année, devant les beautés florentines. Parlera-t-on à l’avenir d’un «syndrome Breitwieser» ? L’avocat qui a décrit son client comme malade, plaidant en faveur d’une suspension de peine et d’un placement en hôpital, n’a manifestement pas convaincu les jurés du tribunal pénal de la Gruyère. Après trois jours de procès, Stéphane Breitwieser a été condamné à quatre ans de réclusion pour des vols commis en Suisse : soixante-neuf œuvres estimées à plus d’un million d’euros. Une première sanction avant que la France ne demande l’extradition du jeune Strasbourgeois. Celui-ci devrait en effet y comparaître pour des faits similaires commis dans l’Hexagone ainsi que dans cinq autres pays européens - Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Danemark et Autriche.

La méthode «douce»
Entre 1995 et 2001, Stéphane Breitwieser a dérobé deux cent trente-neuf œuvres. Petit-neveu du peintre mulhousien du même nom, jeune homme choqué par le départ de son père collectionneur, il alterne petits boulots et périodes de chômage. C’est alors qu’il a tout le loisir de s’adonner à sa «passion». Dans des petits musées, où la surveillance est moins draconienne, il dérobe des objets avec une facilité déconcertante. La première fois, c’est au château médiéval de Gruyère : un petit portrait de femme peint par l’Allemand Dietrich au XVIIIe siècle. «J'étais fasciné par ce personnage. Ses yeux me rappelaient ma grand-mère. Cela ressemblait beaucoup à un Rembrandt», a-t-il expliqué. Plus tard, dans la salle d’armes du château de Spiez, à Berne, il détache un casque d’un mannequin, le place dans son sac à dos et continue la visite, s’emparant au passage d’un sablier déposé dans une vitrine «mal fermée». Dans une église évangélique d’Argovie, il grimpe sur une stalle du chœur et dévisse un vitrail. Au château de Blois, il désolidarise le cadre dans lequel était enchâssé le portrait de Madeleine de France par Corneille de Lyon…

Le voleur et ses femmes
La fin de cette impressionnante série survient le 20 novembre 2001. Stéphane Breitwieser est arrêté à côté du Musée Richard Wagner de Lucerne après avoir volé une dague du XVIe siècle. La totalité de ces œuvres n’a cependant pas pu être restituée. Après l’incarcération de son fils, Mireille Breitwieser a en effet détruit ces «pièces à conviction» en les lançant dans le canal Rhin-Rhône, près de Gerstheim, ou en les jetant, lacérées, dans un vide-ordures. Une soixantaine de peintures manquent toujours à l’appel. Parmi elles, la pièce maîtresse de la «collection», le portrait de La Princesse de Clèves de Lucas Cranach, volé à Baden-Baden en 1995, mais aussi Le Berger endormi de François Boucher ou les Deux hommes d’Antoine Watteau. Tout comme l’amie de Stéphane Breitwieser, qui l’accompagnait souvent dans ses repérages, sa mère a été mise en examen.


 Louise Cazenave
18.02.2003