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Tour de Pise : le dernier chapiteau ?

L’antiquaire Giancarlo Gallino se sépare de ses plus belles pièces. Au menu : Donatello, Fra Angelico, Sano di Pietro et… un fragment de la tour penchée.


Atelier pisan de Biduino,
chapiteau de la tour de Pise,
vers 1200, marbre blanc.
© Semenzato, Florence.
FLORENCE. «Je n’ai pas du tout l’intention de fermer ma galerie ! Ce que je vends, c’est ma collection personnelle, accumulée en trente-cinq ans. Justement pour développer l’activité de Maestri antichi». L’antiquaire turinois n’exclut pas d’ouvrir un jour un espace à Paris. En attendant, parmi les trésors qu’il propose, quatre au moins sont des chefs-d’œuvre susceptibles d’appâter les musées du monde entier. Le plus «banal» est un Fra Angelico, conservé dans une famille milanaise depuis un siècle et demi, Saint Pierre Martyr et saint Thomas d’Aquin (800 000 €). La Vierge à l’enfant en terre cuite, récemment attribuée à Donatello, pourrait dépasser les 2,5 millions €. L’ensemble, également en terre cuite, des Trois Grâces de Canova est d’une surprenante modernité - avec son modelé nerveux, aux antipodes du fini bien léché de ses marbres. Il n’est estimé qu’à 1 million €, l’État italien ayant annoncé qu’il ne délivrerait pas d’autorisation de sortie du territoire. Selon l’antiquaire, c’est la dernière terre cuite de Canova en mains privées. Mais le lot le plus évocateur au plan historique est dû à l’atelier pisan de Biduino et remonte au début du XIIIe siècle. «Quand je l’ai acheté, on m’a dit qu’il s’agissait du chapiteau d’une église de Lucques. J’ai cherché partout à Lucques et n’ai rien trouvé qui concorde. J’en ai fait part à l’époque, il y a une quinzaine d’années, à la surintendance des beaux-arts. On m’a répondu, après recherches attentives, qu’il s’agissait en réalité d’un chapiteau de la tour de Pise…» Le jugement a été corroboré par les plus grands experts comme Federico Zeri et Enrico Castelnuovo. Les joutes pourraient être animées, d’autant que la pièce, à ce jour, n’a pas été consignée par le ministère de la Culture.


 Rafael Pic
19.02.2003