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Marché

Raoul Dufy, le chantre des bonheurs de la vie

L'enchère record reste celle détenue par le 14 juillet fauve, obtenue par Guy Loudmer en 1990.


Raoul Dufy, Le Moulin de la Galette,
huile sur toile, 1943, 130 x 162 cm,
Piasa / Artcurial Poulain Le Fur.
© Photo: Ph. Sebert
À l’enseignement classique qu’il reçoit dans l’atelier de Léon Bonnat, à l’École nationale des beaux-arts, Raoul Dufy a tôt fait de préférer les devantures des galeries de la rue Lafitte dans lesquelles se côtoient les toiles de Pissaro, Monet, Manet et Boudin. Pourtant, son «choc» artistique date de 1905 : c’est la découverte de Luxe, calme et volupté de Matisse sur les cimaises du Salon des indépendants. Dès lors, il change de cap et se rallie au fauvisme : utilise des couleurs pures et s’inspire du traitement spatial de Cézanne. Peu à peu, ce travail l’entraîne vers le cubisme et, auprès de Braque, il restreint sa gamme chromatique pour créer des œuvres très construites et relativement austères. À partir de 1913, cependant, il délaisse ces expérimentations. Son dessin retrouve sa souplesse et ses séjours méditerranéens le font renouer avec des coloris éclatants. Dès les années 1920, il adopte le style fluide, qu’il conservera toute sa vie dans des aquarelles et des huiles sur toile, mais aussi de nombreux projets décoratifs : création de textiles avec Paul Poiret, de céramiques avec le catalan Artigas, de grands décors pour des pièces de théâtre ou pour le fameux pavillon de l’électricité à l’Exposition des arts et des techniques…
Célébré de son vivant comme l’un des grands maîtres de l’art moderne, exposé dès les années 1920 en Europe puis aux États-Unis, Dufy bénéficie d’un marché international depuis longtemps. Entre deux cents et trois cents de ses œuvres sont proposées chaque année en vente publique, dont une grande majorité d’œuvres sur papier. Bien que ses aquarelles soient les plus recherchées, ce sont les peintures qui atteignent les prix records. En mars 1990, deux 14 juillet de 1906 et 1907 marquent les esprits en s’envolant respectivement à 1,1 million et 2,1 millions € lors de la dispersion de la collection Bourdon par Guy Loudmer. Un mois plus tard, La Grande baigneuse de 1914 atteint 1,1 million € à Londres. Parmi les dix adjudications les plus importantes de la dernière décennie, deux ont été réalisées à Paris, lors de la succession Olga Carré, le 9 décembre dernier : 780 000 € pour Le Moulin de la Galette et 395 000 € pour Le Concert orange.


Une demande cristallisée autour de quelques sujets

Trois questions à Fanny Guillon-Laffaille, de la Galerie Guillon-Laffaille

Trouve-t-on beaucoup d’œuvres de Dufy sur le marché ?
Fanny Guillon-Laffaille
. Oui et cela s’explique facilement car Dufy a énormément travaillé tout au long de sa vie. J’estime qu’il a créé près de 3 500 peintures, 6 000 aquarelles et environ 3 000 grands dessins. Lors des ventes publiques, on voit passer beaucoup d’œuvres sur papier, avec environ trois aquarelles pour un dessin. Il ne faut pas oublier que Dufy est l’un des plus grands aquarellistes de tous les temps. D’ailleurs, en règle générale, contrairement aux autres artistes, ses aquarelles valent proportionnellement plus cher que ses peintures.

F. G - L. Malheureusement, oui ! Ce qui fait le prix d’une aquarelle de Dufy, c’est la vivacité des couleurs - les prix peuvent varier de un à trois entre une œuvre un peu pâle et une autre, plus forte - et le sujet. Les courses, les régates et les fleurs sont les plus recherchées. À un point tel que l’un de ses sujets peut valoir entre deux et trois fois plus cher qu’un autre… C’est une évolution qui date d’une vingtaine d’années. Cela s’est peu à peu cristallisé et les collectionneurs ont tendance à privilégier un sujet agréable à une peinture un peu sévère. Pourtant, Dufy disait lui-même qu’il avait fait trop de courses. Il en avait même détruit certaines !

Les datations ont donc peu d’influence sur les prix ?
F. G - L.
Dufy a trouvé son style vers 1920. Pour les œuvres postérieures, la période n’a donc aucune espèce d’importance. Mais ça n’est pas vrai pour ses œuvres de jeunesse. Si on pense aux tableaux fauves, les prix ne correspondent plus à la cote «Dufy» mais à celle du mouvement. À l’inverse, les peintures cubistes ont du mal à trouver preneur. C’est malheureux car la qualité n’est pas en cause. Le problème, c’est juste que Dufy n’est pas identifié comme un peintre cubiste… En revanche, si on est un amateur d’art et un puriste, ces œuvres un peu plus sévères, de grande qualité et très puissantes permettent de se régaler !


 Zoé Blumenfeld
10.03.2003
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