Accueil > Le Quotidien des Arts > Vente Breton : retour à la case musées

Marché

Vente Breton : retour à la case musées

Par un retournement de situation que n’aurait sans doute pas désavoué l’écrivain, des pièces essentielles de sa collection sont finalement données aux musées.

Masque esquimau, Alaska
Bois, polychromie rouge et blanche, plumes, fibres végétales
Haut: 25 cm
© Sebert

Faute d’avoir pu empêcher la dispersion de la collection d’André Breton, l’Etat, aidé des collectivités territoriales, avait fait un effort sans précédent pour conserver aux institutions françaises un certain nombre de ses éléments majeurs. Pour 11,56 millions € hors frais, pratiquement le quart du montant global de la vente, il avait préempté près de 10% des lots, 335 sur 4100. La vente était dite et les musées heureux de cette manne inespérée lorsque la fille et la petite fille d’André Breton, Aube et Oona, bénéficiaires des enchères, ont annoncé qu’elles renonçaient à une partie de leur produit : 16 œuvres, parmi les plus prestigieuses, pour un montant de 7,76 millions €. Bénéficiaires : la Bibliothèque Doucet, chère à Breton, avec 6 lots dont le manuscrit d’ «Arcane 17 » ainsi que la statue d’ancêtre Uli - achetée discrètement par Aube; Pompidou, avec un Arp et un Man Ray adjugés 4,37 Millions; le musée d’Art Moderne de Paris, ceux de Marseille et de Rennes et le futur Musée du quai Branly, avec des tableaux et un masque Eskimau. Le total désintéressement et l’inépuisable générosité des héritières permettent au public d’avoir accès à des éléments fondamentaux de l’histoire du surréalisme et montrent, s’il en était besoin, la sincérité de leurs vaines démarches pour la création d’une fondation Breton accueillant la totalité de la collection. Les sommes rassemblées dans l’urgence auraient permis - et au delà - de la créer, et de bâtir par exemple, pour l’abriter, à l’instar de l’atelier Brancusi, un appartement Breton accessible au public. A quelques mois près, les nouvelles lois sur le mécénat et les fondations auraient sans doute permis d’y aboutir.


 Danielle Arnaud
28.04.2003