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Expositions

Charles-Edouard Jeanneret (Le Corbusier), Nature morte, 1920
© The Museum of Modern Art, New York


Ozenfant, Le Corbusier et Léger : retour à l’ordre !

Le musée des beaux-arts de Grenoble revient sur un courant-clé du 20e siècle, le purisme, et sur ses trois principaux protagonistes.

C’est dans un contexte bien précis que le purisme voit le jour à Paris au lendemain de la Première Guerre mondiale : la ville panse ses plaies et l’industrialisation se fait de plus en plus présente. La rencontre d’Amédée Ozenfant avec Charles-Édouard Jeanneret, futur Le Corbusier, est décisive dans l’élaboration d’un nouveau mouvement artistique fondé sur une nouvelle considération de la science et des techniques. L’économie des moyens, des formes inspirées des dessins industriels, des toiles aux formats standards, cette esthétique sonne comme un langage artistique universel.

L’exposition présente 70 peintures et 20 dessins sur une période allant de 1918 à 1925, couvrant la fin du cubisme et les dernières recherches du purisme. Durant ces huit années, les trois chef de file suivront la même voie et s’influenceront mutuellement. Ozenfant initie Le Corbusier à la peinture alors que ce dernier lui enseigne les notions d’organisation architecturale. De cette collaboration naît une revue : «L’Esprit Nouveau» qui devient l'organe officieux du mouvement. C’est dans le numéro 4 que paraît, d'ailleurs, la formulation de la théorie puriste relative à l’industrie et aux produits manufacturés.

Bouteille, pipe et livres d’Amédée Ozenfant donne tous les éléments constitutifs du purisme : une gamme colorée limitée, des thèmes tirés du monde industriel, une recherche de dépouillement des formes, une organisation stricte du tableau, des formes réduites à leur stricte minimum et une combinaison de vues frontales ou plongeantes. La toile est considérée « non pas comme une surface mais comme un espace » selon les termes de Le Corbusier et comme en témoigne la Nature morte de 1920 où assiettes et livre se synthétisent en volumes simples. La peinture de Fernand Léger se base, pour sa part, sur une loi des contrastes par laquelle il « organise l’opposition des valeurs, des lignes et des couleurs contraires. » Le célèbre Remorqueur de 1920 en est le manifeste.

Le pavillon de l’Esprit Nouveau, construit par le Corbusier en 1925 pour l’Exposition des Arts décoratifs et industriels modernes, constitue le point fort de cette exposition. La grande pièce centrale reconstituée à Grenoble fait découvrir au visiteur, outre une certaine idée de la standardisation, le mobilier, les tapis et accessoires divers qui participaient au projet. Les toiles présentées en 1925 ont été réunies pour la première fois. On peut ainsi découvrir Le Balustre de Fernand Léger, La nature morte du pavillon de l’Esprit Nouveau de Le Corbusier ainsi que deux sculptures de Lipchitz. Une réalisation monumentale qui en dit long sur la future carrière architecturale de l’artiste et sur son influence internationale.


 Stéphanie Magalhaes
06.10.2001