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La France, combien de collectionneurs ?

Pour animer les automnes parisiens, le syndicat national des antiquaires propose, en alternance avec la Biennale, un nouveau Salon des Collectionneurs, censé recruter un nouveau public.


Portrait de femme à la robe rose
par Isaac Luttichuys (1616-1673),
huile sur toile,
© Galerie Delvaille, Paris.
PARIS. L'axiome défendu avec force par Christian Deydier, le président du syndicat national des antiquaires, ne convaincra pas tout le monde : ce nouveau salon se veut «totalement différent de la Biennale». Un décor plus sobre, un classement par îlots de spécialités et l'accent mis sur la dimension éducative, avec un cycle de conférences gratuites, veulent souligner cette «différence». Mais nombreux seront ceux qui ne voudront voir dans ce nouveau salon qu'un essai de petite Biennale, moins internationale, plus accessible, une Biennale des années impaires. Ce qui en soi n'a rien de déshonorant… Sur la centaine d'exposants, on ne compte qu'un quart d'étrangers, pour la plupart venus des pays proches, la Belgique étant la mieux représentée. On ne remarque aucun Américain et une seule galerie lointaine, Chiang & Smith, de Hong Kong. Cependant, l'exposition centrale du salon, consacrée à «cinq siècles de cloisonnés chinois» se veut une contribution à l'année de la Chine en France.


Portrait du capitaine Louis-
Bernard Tribou
, attribuée à
Chitqua (sculpteur chinois du
XVIIIe siècle), terre crue peinte
© Galerie Valérie Levesque, Paris.
Tzakali accessible, Greco inaccessible
Les traditionnels points forts de la Biennale - mobilier français XVIIIe siècle et tableaux - sont moins fournis malgré la participation de quelques «majors» comme Ariane Dandois, Steinitz ou Gismondi et l'on remarque l'absence totale de la dynastie Perrin. Que l'on reverra, en compagnie de Baroni, Cazeau-Béraudière, De Jonckheere ou Segoura, au Pavillon des antiquaires, qui ouvre aux Tuileries deux jours après la fermeture du Salon des collectionneurs. L'autre moitié de la Biennale, en quelque sorte… L'organisation par spécialités, une initiative originale, est-elle convaincante ? Si elle enlève du sel à la flânerie des esthètes, elle semble bien adaptée aux besoins des collectionneurs débutants, leur facilitant la comparaison des objets et favorisant la recherche de prix accessibles, surtout dans les sections les plus riches - arts d'Asie et céramique. On peut ainsi trouver un petit tzakali ou papier d'incantation de l'Himalaya du XIIIe siècle à 1400 euros (chez Carlo Cristi), de petites pièces d'argenterie Art déco à partir de 2000 euros (chez Janssens), une chope XVIIIe siècle de la Compagnie des Indes à 1700 euros (chez Lebel), des ciseaux du XVIIe siècle en fer forgé d'Albacete à 2700 euros (chez Luis Elvira). Avec toujours, à portée de main, chez les mêmes antiquaires ou chez leurs voisins, des pièces exceptionnelles : deux tableaux du Greco chez Corsini, une extraordinaire prédelle de Jaume Huguet chez Luis Elvira, un Basquiat chez Jean-Luc Mechiche. Avec tout loisir pour les volontaires de dépasser, cette fois-ci, le million d'euros de notes de frais…


 Rafael Pic
12.09.2003