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Antiquaires : un salon chasse l'autre

Alors que le Salon du Collectionneur vient de fermer ses battants, on inaugure le Pavillon des Antiquaires. Deux événements valent-ils mieux qu'un ?


Gustave Le Gray, Pifferari
1856, tirage albuminé,
galerie Laurent Herschtritt
PARIS. Le grand public y est probablement insensible mais les observateurs étudient avec intérêt le duel qui agite aujourd'hui l'organisme central de la profession - le syndicat national des antiquaires - dont les membres se sont scindés ce mois d'automne en deux rendez-vous concurrents et quasiment simultanés. Les seuls bénéficiaires seront peut-être les visiteurs qui auront disposé de quinze jours pour voir de beaux objets, sous un soleil radieux. Avant de mesurer l'étendue des divisions, on peut déjà conclure que si le Salon du Collectionneur s'est effectivement centré sur l'objet, le point fort du Pavillon demeure la peinture, des primitifs jusqu'aux artistes contemporains. Ce qui en fait, a priori, deux rendez-vous complémentaires…


Wayne Thiebaud , Three River Bend,
2002, pastel, 45 x 55 cm, Paul Thiebaud
Faggionato Fine ArtThree River Bend,
galerie Bellier
Qui est Wayne Thiebaud ?
On remarque plusieurs Magritte chez Hopkins-Custot (les animateurs de l'événement avec Patrick Perrin), une véritable petite rétrospective Bellmer chez Sophie Scheidecker, des Mirò et des Picabia chez Lasès. Luc Bellier fait dialoguer visages et paysages, avec un bon nombre de Vuillard (dont un grand Portrait de la comtesse Lanskoy), et met en avant deux créateurs dissemblables et méconnus en France : le peintre américain Wayne Thiebaud, avec un beau pastel, et le photoreporter mexicain Metinides, spécialisé depuis cinquante ans en catastrophes et faits divers sanglants, que l'urgence n'a jamais empêché de construire superbement ses images. Parmi les grands tableaux, difficiles à caser dans un appartement standard, voici Loth et ses filles du Napolitain Stanzione, un émule de Ribera (Robilant, 580 000 euros) ou un «tondo», avec un cadre récent très travaillé, du Maître du Tondo Grenville, un suiveur du Pérugin (300 000 euros chez Moretti).

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Celia Madar, de la galerie Meyer, se dit préoccupée par l'absence prévisible d'Américains, un souci désormais généralisé. Dans cette conjoncture, et alors que les grandes ventes n'ont pas commencé, la date choisie semble d'autant plus précoce. Dans l'attente des bilans, il ne reste qu'à savourer l'exposition proposée, qui peut aussi se parcourir comme un cabinet de curiosités, d'un rare ensemble de peintures sur albâtre du XVIIe siècle (chez Pelham) à un échantillon de cocons à soie du Turkestan (chez Epoca). Jusqu'à l'inattendue - et hors de proportion - maison individuelle en fibre de verre conçue en 1968 par Jean Maneval pour un village de vacances Elf (chez Jousse Entreprise). Evoquant une alvéole de ruche, d'une superficie de 36 m2, elle est utilisable et, à 50 000 euros, bien moins chère que beaucoup des objets voisins…


 Rafael Pic
22.09.2003