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Marché

Art Paris, premier lustre

La jeune foire parisienne inaugure sa cinquième édition, marquée par une domination écrasante des techniques traditionnelles - la peinture et le dessin.


Ulrike Bolenz, Figures dans
l'espace
,
2003, 40 x 30 x 100 cm par
pièce, impression jet d'encre,
matériaux transparents
© Dewart Gallery
PARIS. Le concept d'Art Paris est-il vraiment innovant ? A-t-il atteint son objectif ? Pour les organisateurs, la réponse est forcément positive… Face à une multiplication des foires commerciales sur un modèle standardisé, ce rendez-vous qui se veut différent, «de proximité», avec un fort roulement (un tiers seulement des galeries de l'année précédente sont réinvitées) et un travail de redécouverte des talents oubliés estime avoir toute sa place dans le calendrier de l'art contemporain français. Et que l'on ne parle pas de concurrence avec la FIAC, qui se tient deux semaines plus tard : le discours, bien rodé, parle de «complémentarité». Il est vrai qu'Art Paris, dans les espaces souterrains du Carrousel du Louvre, a conservé une dimension humaine, avec moins de cent galeries (85 cette année). Humaine voire familiale : à l'initiative de la galerie Magda Danysz, une visite commentée pour les enfants de 5 à 10 ans est prévue dimanche 28 septembre à 11 heures. Pas forcément pour faire de ces écoliers de futurs collectionneurs mais pour les inciter à apprécier, dès leurs jeunes années, l'art qui se fait.


Nils-Udo, Les Colonnes de basalte,
la mousse, la branche de hêtre
,
Auvergne 2000. © Galerie Gastaud
L'au revoir de Durand-Dessert
«L'art doit entrer chez les gens. Et pour cela il faut des prix accessibles. Pour des jeunes qui commencent, je suis prêt à étudier toute facilité de paiement» explique le Perpignanais Jacques Castang, qui présente notamment des sculptures en carton de Riba (à partir de 2500 euros). C'est un souci que l'on retrouve sur la plupart des stands, sans même avoir à monter à l'étage où sont réunis les éditeurs de gravures. De nombreux exposants ont affiché les prix à côté des œuvres, ce qui dispense de poser l'embarrassante question pécuniaire. Et l'on découvre ainsi que l'on peut s'offrir une curieuse boîte surréalisante de Ghez à 1600 euros (L'homme qui murmurait à l'ancre des bateaux chez Gabert), une photographie par Raymond Voinquel d'un tournage de Marcel Carné à 1500 euros (chez Denise Cade, la seule galerie américaine) ou une étude à l'huile de Fabian Cerredo à 600 euros (chez Koralewski). Les prix peuvent bien sûr monter assez haut comme pour cette magnifique toile de 1977 de Gillet, Le Prétoire, proposée chez Guigon à 46 000 euros. Parmi les «vénérables» qui donnent à la foire une part de sa légitimité, on note Maeght, Zlotowski (avec ses immanquables Le Corbusier), Sapone de Nice (avec des Hartung), Chave de Vence (avec les encres vertigineuses de Michaux ou de Michel Roux). Même les jeunes galeries qui «bougent» restent ici très fidèles aux techniques traditionnelles, peinture, dessin, sculpture. Est-ce dans l'air du temps ? L'un des rares exposants à présenter des vidéos (avec ces énigmatiques tableaux-écrans de Ger van Elk) est le «poids lourd» parisien Durand-Dessert, dont on vient d'apprendre la fermeture prochaine…


 Rafael Pic
26.09.2003