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Expositions

La tête et les cheveux

Amenophis Ier et Bob Marley, même combat ? De l’ancienne Egypte à l’époque reggae, la chevelure n’a cessé de constituer un élément identitaire essentiel. C’est ce que montre avec brio le Musée Dapper dans «Parures de tête».


Punu, Gabon, masque, bois et
pigments, dont kaolin, h.30 cm,
Musée Dapper, Paris © Musée
Dapper, photo Hughes Dubois
PARIS. Depuis la plus haute Antiquité, la chevelure marque le statut social, politique ou spirituel de celui qui la porte, quand ce n’est pas son âge ou sa situation matrimoniale. De la simple mèche de cheveux préservée sur la tempe gauche des enfants égyptiens - qui n’était coupée qu’au sortir de l’adolescence - à la munificence de la couronne des pharaons ou de celle qui dissimulait la tête de l’oba au Nigeria, tout est signe. La tête, et tout ce qui la touche, est le lien entre les hommes et les dieux. L’uniformisation des modes de vie aidant, les parures ostentatoires des chefs comme celles plus quotidiennes du peuple ont pratiquement disparu dans les pays africains, mais les sculpteurs sont là pour rendre compte de cette extraordinaire créativité capillaire. Statues, masques, insignes de dignité, cuillères et objets rituels anthropomorphes sont autant d’occasions de détailler et d’exalter la coiffure.


Téké, Mfinu, République démo-
cratique du Congo, appuie-tête,
bois et pigments, h. 13 cm,
Musée Dapper, Paris © Musée
Dapper, photo Hughes Dubois
Perles, or et ivoire
Après une brève évocation de l’ancienne Egypte, c’est donc à travers un magnifique ensemble de sculptures et d’accessoires de parure africains que l’exposition retrace la diversité des coiffures et des rites. Scénographie simple mais efficace : des vitrines donnant une vision globale des pièces, des cartels explicatifs permettant au visiteur d‘aller au-delà de la simple beauté des objets présentés. Tresses et chignons Hemba, crêtes dressées sur le sommet de la tête des statues peul, chignons gonflés et tresses latérales des masques punu, la préparation de la chevelure exige souvent de longues journées de patience. On les rehausse de perles, d’éléments en or ou en ivoire. Enserrées dans des bandelettes, pétries d’argile, elles peuvent prendre l’aspect d’une gangue, ou se dissimuler sous des couronnes en vannerie où s’accumulent plumes et peaux de fauves.

Et Yannick Noah ?
Les appuie-tête empêchent ces travaux de longue haleine d’être détruits en une nuit et deviennent à leur tour œuvres d’art. Ils concluent l’exposition, certains, très ornés ou au contraire admirablement stylisés, comme la minuscule pièce Téké/Mfinu à l’image de l’homme dont le musée a fait son logo. Tout est dans tout. Les expositions de Dapper combinent généralement savoir et esthétique. Chacun y trouve son compte. Celle-ci a en outre le mérite de se rattacher à la modernité et de l’expliciter. Une installation d’éléments tressés et une vidéo de la plasticienne Ingrid Mwangi y apportent leur contribution. Et en voyant Yannick Noah agiter ses dreadlocks, serions-nous remontés aussi loin que le Moyen Empire ?


 Danielle Arnaud
29.09.2003