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Marché

Pierrick Sorin,
La douche, 2001 : projection vidéo sur verre sous une douche d'où coule de l'eau. Galerie Rabouan Moussion (Paris). © Françoise Monin


Kersale, Reliques de la calotte, 2001, tirages argentiques. Galerie
Baudoin © Françoise Monin


Philippe Cognée, New York 2001 peinture à l'encaustique. Galerie Alice Pauli (Lausanne).


Peinture, le grand retour

Entre vidéo et installations, c'est une revenante qui occupe le devant de la scène. Amorce d'un retour à l'ordre ?

Où sont passées les nouvelles technologies ? Tout visiteur entrant dans le Hall 4 du Parc des expositions, Porte de Versailles, ne peut que s'étonner, s'il est un habitué de la Foire Internationale d'Art Contemporain : ses récentes éditions nous avaient en effet habitué à la présentation d'un art officiel, cautionné dans tout l'Occident, fondé sur l'image mobile, la lumière électrique et la mise en scène spectaculaire d'objets plutôt ordinaires ; sur la dérision et le bricolage, aussi. Or la FIAC 2001 embaume la peinture à l'huile, à l'encaustique, à l'acrylique ! Certes, la photographie est encore bien défendue - notamment le nu féminin en grand format - et l'on trouve ici et là de grands tirages (signés Salerno, Galerie de La Chatre, Paris, par exemple) soulignant la banalité d'êtres et d'espaces urbains, dans l'esprit typique des sélections des récentes biennales de Venise. Mais, globalement, la part belle est faite à la peinture. Poliakoff, Warhol, Picasso à tour de bras (Galerie Guillermo de Osma, Madrid, par exemple) ; des one man shows consacrés à Erro (Galerie Hilger, Vienne), à Segui (Galerie Claude Bernard, Paris), au grand Rebeyrolle (Galerie Jeanne Bucher, Paris) ou au troublant Nitsche (Galerie Krinzinger, Vienne), bref à beaucoup de valeurs-refuges... Et aussi, à quelques futures valeurs-sûres : le peintre nantais Cognée (Galerie Alice Pauli, Lausanne), par exemple, qui recompose l'image des villes en soulignant les structures, en dilatant les allures, avec un talent rare. Cela ne vaut pas les baignoires qu'il peignait il y a quelques années, mais cela prouve qu'il est bien l'un des maîtres de l'actuelle génération française. Le peintre britannique Edmondson (Galerie María Martín, Madrid), quand à lui, évoque les lieux abandonnés dans la précipitation, avec un coup de crayon virtuose et une manière originale d'accumuler la matière, pour troubler l'ordre des formes. Il y a du Degas chez cet homme là. A suivre !

L'art présenté est donc globalement moins ricanant que les années précédentes, moins prétentieux : les rares installations montrées, faisant appel à l'industrie ou à la technologie, font franchement rire, ou beaucoup rêver. Ainsi l'élégant stand entièrement tendu de noir de la Galerie Baudoin Lebon (Paris) constitue-t-il un écrin pour les projections lumineuses et les photographies de Kersalé, le célèbre «metteur en lumière» de la plupart des monuments français. A la Galerie Salvador Diaz (Madrid), des œuvres apparentées à l'Arte Povera, constituées de cristaux de quartz ou de chrysalides de papillons, sont charmantes. A la Galerie El Museo (Bogota) d'étranges Mickeys taillés dans la pierre ou modelés en terre par Espina, à la manière pré-colombienne, sont drôles. Enfin, championne toutes catégories, la Galerie Rabouan-Moussion (Paris) dévoile les dernières trouvailles de Pierrick Sorin, qui continue à imaginer des autoportraits, en se filmant dans des attitudes quotidiennes, rendue cocasses par un principe de répétitions. Sous de véritables douches d'où s'écoule de l'eau vraie, l'image projetée sur une vitre montre un petit homme appliqué à laver la peinture qu'il s'est mise sur le corps, sans y parvenir. Tordant et obsédant ! D'autant que sur le même stand, une installation signée Kulik met en scène la photographie d'un homme déguisé en Bacchus. Sur sa poitrine, des tétines sont fixées, que les visiteurs sont invités à sucer. Jaillit alors de la vodka. Qui a dit que l'art actuel était triste ?


 Françoise Monnin
11.10.2001