Accueil > Le Quotidien des Arts > Dans les papiers de Fragonard

Expositions

Dans les papiers de Fragonard

Le Louvre expose sa collection de dessins de Fragonard en l'accompagnant d'une publication. Cette pratique est appelée à se généraliser pour faire vivre l'énorme fonds du cabinet graphique.


Tête d'Oriental,
lavis brun sur pierre noire,
1775, © Musée du Louvre,
Département des arts
graphiques
PARIS. Le département des arts graphiques du Louvre est l'un des plus riches du monde. Il compte 140 000 œuvres, qui sont conservées dans des réserves en raison de leur fragilité. Pour faire connaître ce fonds, le musée a lancé une politique d'expositions monographiques. Après Michel-Ange ou Lorenzo di Credi, c'est au tour de Fragonard d'être ramené à la lumière. Avec l'artiste pétillant du XVIIIe siècle français, la série a acquis ses caractéristiques définitives : ces accrochages auront lieu dans les salles Mollien et seront systématiquement accompagnés par la publication d'un catalogue aux éditions 5 Continents. Le premier est dû à Jean-Pierre Cuzin, conservateur général du département des peintures jusqu'au printemps 2003.


Homme allongé, la main gauche
posée au sol
, sanguine
© Musée du Louvre, Département
des arts graphiques
Passion pour l'Arioste
Il faut parcourir une longue promenade entre la pyramide et les salles Mollien et c'est tant mieux puisque l'on doit passer par le sas de la sculpture italienne de la Renaissance. Rien de plus éloigné de Fragonard que la «terribilità» des Captifs de Michel-Ange, pensera-t-on. Pourtant, derrière sa frivolité, sa légèreté, Fragonard est lui aussi touché par la grâce, une vertu fondamentalement italienne. Et si les Vénus allongées ou les scènes piquantes comme Ma chemise brûle sont attendues, on est surpris par le trait tempêtueux avec lequel il couche les épisodes du Roland furieux de l'Arioste. Cette série, dont on connaît mal l'origine, compte 176 croquis, dont sept sont au Louvre. Ils se résument parfois en un entrelacs indéchiffrable de lignes. Presque du Twombly ou du Giacometti avant l'heure !


Portrait de la belle-sœur du
peintre, Marguerite Gérard
,
pierre noire, © Musée du Louvre,
Département des arts graphiques
Un fonds en croissance
Le Louvre ne possède qu'une cinquantaine de dessins de Fragonard. Toutes ses techniques ne sont pas représentées dans cet ensemble : manquent le pastel et la gouache. Mais rien ne dit que ce défaut ne sera pas corrigé à l'avenir. L'étude des notices - rendue parfois difficile par un éclairage mal dirigé - montre en effet que ce fonds, commencé en 1793 avec la saisie des biens des Emigrés, a continué de s'enrichir avec régularité jusqu'aux années les plus récentes. Une image de Don Quichotte et deux scènes du Roland furieux, propriété de Louis Barthou, entrent dans les collections après l'assassinat à Marseille, en 1934, du ministre des Affaires étrangères. Une jolie sanguine d'un Enfant au chat a été donnée par la fondation Florence J. Gould en 1983. Saine émulation ? Sept ans plus tard, le baron Maurice de Rothschild offrait un tout aussi touchant Chat emmailloté, un lavis celui-là. Puis 1999 marquait, à l'issue d'un usufruit, l'arrivée d'une feuille donnée en 1983 par Othon Kaufmann et François Schlageter : une Fuite en Egypte, belle aquarelle de la maturité. Nous sommes en 1778, l'artiste a atteint la quarantaine et peut désormais compter sur la collaboration de sa belle-sœur, la fine et jolie Marguerite Gérard.


 Rafael Pic
03.12.2003