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Musées

La Tate reprend du Bacon

Quatre ans après l’avoir refusée, la Tate Modern vient d’accepter la donation de Barry Joule : un millier de dessins et d’esquisses de Francis Bacon, provenant de son atelier.


Page de l'album X (ainsi nommé
en raison des grandes croix
dessinées sur la couverture,
ancien album photographique
de la nurse de Bacon)
© Tate
LONDRES. Barry Joule, un Canadien aujourd’hui âgé de 49 ans, ne dépare pas l’entourage bohême de Francis Bacon. Il fait la rencontre de l’artiste en 1978 lorsque ce dernier se débat avec son antenne de télévision abîmée par la tempête. En bon voisin, Joule répare l’installation. Une amitié de quinze ans s’ensuivra, au cours de laquelle Barry Joule servira, entre autres, de chauffeur au peintre. De l’inextricable confusion de son atelier, Bacon extraiera avant sa mort, en 1992, plusieurs sacs qu’il confiera à Joule avec cette phrase sybilline «You know what to do with it» («Tu sais ce que tu dois en faire»). Ces quelque 1200 lots précieusement conservés par le récipiendaire comprennent une centaine de photographies, une quarantaine de livres, une carte montrant le chemin le plus court pour se rendre au pub préféré de Bacon, le Colony Room. Mais aussi cinquante pages d’un album de photographies ayant appartenu à sa nurse et plus de neuf cents pages de magazines déchirées, sur lesquelles Bacon a réalisé des esquisses nerveuses, des collages, des déchirures, etc…


Page de l'album X
© Tate
Bacon n'a jamais dessiné…
Quelle est la valeur de cet ensemble ? Environ 20 millions £, entend-on dire aujourd’hui. Pourtant, en 2000, la même institution, déjà dirigée par Nicholas Serota, avait décliné cette libéralité, doutant de son authenticité après avoir, en 1998, refusé de l’exposer. Il faut dire que les héritiers et exécuteurs testamentaires ont toujours vu d’un mauvais œil ces papiers. En effet, le dogme, défendu avec une conviction inébranlable par David Sylvester, l’historien d’art, et par John Edwards, l’héritier, était tout autre : selon eux, Bacon n’a jamais exécuté le moindre dessin préparatoire. C’est effectivement ce que prétendait le peintre lui-même. Lorsque la collection Joule a été montrée à Dublin en 2000 et au Barbican Center de Londres en 2001, les conservateurs ont dû substituer, sur les cartels, la mention «Bacon» par «attribué à Bacon». Sylvester et Edwards sont morts tous deux récemment. Leur disparition semble avoir infléchi la position de la Tate, tout comme le grand succès que rencontre la reconstitution, à la Hugh Lane Gallery de Dublin, de l’atelier du 7, Reece Mews dans son désordre désormais légendaire. La Tate reste cependant prudente, évitant dans son communiqué de presse du 19 janvier les épithètes hyperboliques que l’on utilise généralement dans ces occasions. Le musée a d’ailleurs décidé de prendre son temps. Ces pièces à conviction vont être étudiées une à une, photographiées et numérisées avant d’être exposées. Ce n’est que dans trois ans qu’elles seront accessibles, et uniquement aux chercheurs.


 Rafael Pic
29.01.2004
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