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Expositions

Rachel, être superstar au XIXe siècle

D'enfant de la rue à actrice adulée des foules : le Musée du judaïsme évoque l'itinéraire de la grande tragédienne.


Achille Devéria,
Rachel dans le rôle de
Roxane, © Musée d'art et
d'histoire du judaïsme,
Collections de la Comédie
Française
PARIS. L'engouement pour Johnny ou Lorie ? Du déjà vu. Les dîners télévisés chez Ardisson ? Du réchauffé. Les caprices de Madonna ? Rien que de très banal. Le visiteur sort de la petite mais explicite exposition sur Rachel avec une sensation forte : le «star system» n'a pas attendu la télévision et la radio pour apparaître, comme on le croit souvent. «Dans la rue, dans les magasins, partout où je vais, où je passe, on me montre, on me désigne, on me signale. Je ne m'appartiens plus» écrit Rachel (1821-1858). Comment en est-elle arrivée là, elle, petite va-nu-pieds, fille de colporteurs juifs alsaciens qui, dans l'enfance, devait mendier dans la rue ? Ce véritable conte de fées n'est pas autant détaillé qu'on le voudrait. En effet, on entre tout de suite dans le vif du sujet avec un grand tableau de Geoffroy présentant les sociétaires du Théâtre-Français en 1840. Rachel n'a pas encore vingt ans mais y figure déjà, à côté de Mademoiselle Mars ou de Samson, son mentor. On la découvre ensuite en Phèdre, son rôle le plus célèbre, puis en Roxane, dans Bajazet.


Frédérique O’Connell
Rachel dans le rôle de Phèdre
© PMVP / Ladet
Partir à 37 ans
Sous des lumières discutables - rouge ou vert blafard - sont accumulés les preuves du succès phénoménal de Rachel, qui assure par sa seule présence l'équilibre financier de la Comédie-Française. On voit la couronne de fleurs que la reine Victoria lui offre lors d'une représentation au St James Theatre ou les affiches annonçant sa présence à Vienne pour les Précieuses Redicules (sic). On voit aussi la caricature du Rire intitulée «Rachel obtient douze mois de congés par an» et, en face, la lettre d'Achille Fould, ministre des Finances, lui octroyant effectivement le congé exorbitant de six mois qu'elle réclame pour ses tournées en famille. On voit encore l'ouvrage de Musset, simplement intitulé Un souper chez Mlle Rachel. Est-ce tout ? Non, bien sûr. Il y a tous les témoignages de l'admiration que lui vouent les artistes, avec des daguerréotypes, des photographies par le pionnier Charles Nègre, des portraits par Achille Deveria ou par Gérôme, des sculptures par Clésinger ou Carrier-Belleuse. Une spectaculaire tour en verre, qui superpose de petits bustes dorés, monte jusquà la mezzanine, où se trouvent ses cothurnes, le moulage de son pied, les couverts en argent à son chiffre, des portraits de ses amants comme le prince Napoléon… Les contes de fées ont parfois une conclusion tragique. Atteinte de tuberculose, Rachel sent approcher sa fin. Elle vend son hôtel particulier et, aux enchères, sa collection d'œuvres d'art. Elle meurt à la villa Sardou, au Cannet, le 3 janvier 1858. Une semaine plus tard, son enterrement est suivi à Paris par plus de 100 000 personnes.


 Pierre de Sélène
08.03.2004