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Musées

Jean-François de Troy, Le Déjeuner d'huîtres, huile sur toile, musée Condé, Chantilly


Le tableau de... Nicole Garnier, du musée Condé à Chantilly

Tableau, sculpture ou tapisserie... Un conservateur de musée nous livre son coup de coeur pour un objet de ses collections. En lever de rideau, Le Déjeuner d'huîtres, de Jean-François de Troy, remarquable pour son importance iconographique : le vin de champagne y fait sa première apparition en peinture.

Le tableau est commandé en 1735 par Louis XV pour sa salle à manger privée, dite du Retour des chasses, ce qui explique l'absence de dames, à l'entresol du château de Versailles. Le roi y recevait sans étiquette. Les jeunes gens réunis portent des costumes chamarrés et brodés. Ils mangent des huîtres, dont la monarchie faisait grand cas - Henri IV en consommait des centaines pour son déjeuner ! Les écailles s'amoncellent par terre, ce qui donne une idée de l'hygiène qui pouvait régner à Versailles. Pour le reste, les manières de table sont raffinées. On mange dans de la vaisselle d'argent et la vinaigrette (sauce au vinaigre et à l'ail qui accompagne les huîtres) est servie dans de la porcelaine de Chine. Les bouteilles de vin sont disposées dans un rafraîchissoir en bois. De quel vin s'agit-il ? De vin de Champagne, au grand étonnement des serviteurs qui voient fuser le bouchon jusqu'au milieu de la première colonne... Le tableau marque en effet la première apparition en peinture du breuvage inventé par le bénédictin dom Pérignon à la fin du 17e siècle. Les bouteilles, plus trapues qu'aujourd'hui, sont dépourvues d'étiquettes.

Ce déjeuner d'huîtres avait pour pendant un tableau de Nicolas Lancret, Le Déjeuner de jambon, également conservé au musée Condé de Chantilly. Les décors changeaient vite à l'époque à Versailles : celui-ci disparaît avant la fin du siècle et les tableaux sont entreposés au garde-meubles. Après la Révolution, le duc d'Orléans, futur Louis-Philippe, réclame ces oeuvres comme bien de famille. Ses prétentions sont fondées - une fois n'est pas coutume - sur une analyse iconographique pertinente : les livrées rouges des gentilshommes sont celles de sa famille... Il obtient gain de cause et expose le tableau dans sa demeure du Palais-Royal puis au château d'Eu, près du Tréport. Après la révolution de 1848, ses biens sont vendus. Son fils, le duc d'Aumale, en exil en Angleterre, rachète les tableaux à Londres en juin 1857. Il les destine, avec le reste de son importante collection de tableaux et de livres au château de Chantilly, où il reconstruit la partie abattue à la Révolution.

Le tableau, dont les dimensions sont de 180 x 126 cm, est une toile. En guise de clin d'oeil ou de publicité, Jean-Baptiste de Troy a représenté dans le décor un autre de ses tableaux, Zéphyr et Flore, qui n'a jamais été en mains royales et qui se trouve aujourd'hui dans une collection américaine. Victime de soulèvements et de jaunissements, repeint en plusieurs endroits, Le Déjeuner d'huîtres a subi un nettoyage complet, qui s'est achevé il y a un an. Cette restauration a été financée par les amis du musée et par une entreprise locale, Etiquettes Grille, pour un coût de 65 000 FF.






  Propos recueillis par L'Art Aujourd'hui
24.08.2001
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