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Expositions

Don McCullin, la photographie comme souffrance

Une exposition à Paris synthétise quatre décennies de conflits à travers le regard du photographe anglais.


Don McCullin, Berlin, 1961
© Don McCullin
Sur un même niveau, mais dans des salles soumises à des architectures différentes - ce qui n’est pas sans poser certains problèmes quant à la disposition des oeuvres signées d’un même auteur -, la carrière de Don McCullin se déploie avec sa densité, sa tension, son extrême cohérence. Biafra, Cambodge, Irlande du Nord, Bangladesh, Vietnam, Liban, tous ces noms sont synonymes de très violents conflits qu’il a couverts en tant que photojournaliste. Et à l’issue de ce parcours qui a débuté dès la fin des années cinquante, on découvre ces mots : “Je vais m’éloigner de cette souffrance. Elle s’agrippe à moi, car je l’ai tant côtoyée, et si je ne m’en échappe pas, elle va me détruire”. L’exposition est en effet ponctuée par des commentaires du photographe lui-même ; sur une image en particulier, ou sur une période de son travail. Maintenant, il porte un regard très lucide sur son passé, et cette exposition témoigne bien de cette lucidité. Il s’est exprimé également à l’occasion d’une passionnante conférence qu’il a donnée lors de sa venue à Paris, commentant un grand nombre de ses images importantes, tout en faisant preuve d’une très grande humilité devant les situations auxquelles il a été confronté. Dans les salles de la MEP, aujourd’hui, les visiteurs observent silencieusement et respectueusement ces moments de gravité qui défilent sous leurs yeux.

On a coutume de ranger Don McCullin dans la catégorie un peu restrictive du photographe de guerre ; c’est moins du côté des combats eux-mêmes - même si les instantanés de certains assauts sont stupéfiants - que des victimes qu’il a choisi de porter son regard. Les victimes civiles, mais aussi militaires: combien d’hommes a-t-il vu souffrir au Vietnam par exemple? Souffrir physiquement ou intérieurement, comme l’atteste l’une de ses images les plus troublantes, celle d’un soldat américain profondément choqué, et qui fait la couverture du catalogue de l’exposition. Une qualité de cette exposition est donc sa lisibilité, mais aussi, et cela va de pair, un éclairage subtilement agencé sur les photographies : il permet de les détacher délicatement des cimaises et fait ressortir un travail très homogène du noir et blanc. Car il faut savoir que Don McCullin tire lui-même ses photographies, dans des formats somme toute classiques, mais dont le choix est toujours justifié par le contenu de l’image. Et il rapporte souvent que chaque fois qu’il prend un négatif, il se prépare à revivre la scène qu’il a photographiée. Don McCullin est en quelque sorte l’archétype de l’homme froidement hanté par son passé.


 Gabriel Bauret
03.12.2001