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Expositions

Le double jeu de Claude Cahun

L’institut d’art moderne de Valence fait le point sur l’œuvre de la photographe française, fascinée par les transferts de personnalité.

Née à Nantes en 1894, Claude Cahun, Lucy Schwob de son vrai nom, évolue dans un milieu social aisé. Dès 1907, elle est envoyée à Oxford pour poursuivre ses études, loin des débats antisémites qui accompagnent alors l’affaire Dreyfus en France. Cette familiarisation avec la langue anglaise lui permettra ensuite de traduire un ouvrage du sexologue Havelock Ellis. En 1922, Claude Cahun s’installe dans le quartier de Montparnasse à Paris avec sa compagne Suzanne Malherbe. Toutes deux fréquentent alors un cercle d'intellectuelles lesbiennes comme Adrienne Monnier, Sylvia Beach ou Nathalie Clifford Barney. Dans les années trente les deux femmes adhèrent à l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires puis participent à la fondation du groupe Contre-Attaque aux côtés de Georges Bataille et André Breton. Plus connue pour son œuvre littéraire, Claude Cahun révèle son attirance pour la photographie et la mise en scène.


Claude Cahun, Sans Titre, 1938
© Institut valencia d'Art Modern


« Nous séparer. Nous masquer. Faire chaque nuit peau neuve et nouveau paysage (...) » (Aveux non avenus, 1930)

Utilisant sa propre personnalité et toutes les ambiguités qui en découlent (à commencer par son nom), l’artiste présente, dans ses autoportraits, des visages sans cesse différents : gymnaste, cavalière, démon... Sa photographie au crâne rasé, de 1928, cultive ce goût de la transformation. Surréalistes, ses œuvres participent au contexte artistique de l’époque mais leur exposition reste limitée à un cercle d’amitiés restreint : Jacqueline Lamba, femme d’André Breton, Robert Desnos et Henri Michaux. De ce dernier, l’artiste a réalisé un portrait. Bien d’autres figures célèbres sont passés derrière son objectif dans des jeux de rôles comme Béatrice Wanger, en danseuse au foulard qui portera bientôt le nom surréaliste de Nadja. L’utilisation de photomontages dans son ouvrage «Aveux non avenus» reprend les pratiques dadaïstes. Très impliquée dans la vie politique, l’artiste part sur l’île de Jersey avec sa compagne et continue sa production photographique. Ses recherches se tournent alors vers le dédoublement de la personnalité et les associations de caractère onirique. Après sa mort en 1954, il faudra attendre 1995 et une exposition au palais de Tokyo pour voir réapparaître l’œuvre de Claude Cahun dans un musée français.


 Stéphanie Magalhaes
23.11.2001