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Expositions

François-Marie Rosset, Buffon,
marbre © Collection du musée des
Beaux-Arts de Dole

Les Rosset, une histoire de famille

Le musée des Beaux-Arts de Dole braque ses projecteurs sur la production de l’atelier Rosset. Le conservateur, Anne Dary, nous livre l’alchimie de son succès.

En quoi peut-on dire que l’atelier jurassien occupe une place importante dans le siècle des Lumières ?
Anne Dary.
La famille Rosset connaissait une certaine renommée dans la région, en partie grâce à l’ouverture d’un atelier à Saint-Claude qui remontait au milieu du 17e siècle. Malgré cela, nous ne possédions que très peu d’informations précises sur cette entreprise familiale. Quatre sculptures sont pourtant conservées dans notre collection permanente. L’acteur le plus reconnu reste le père, Joseph Rosset (1706-1786), suivi de ses fils François-Marie Rosset (1743-1824), Jacques-Joseph Rosset (1741-1826) et Claude-Antoine Rosset (1749-1818). Si les attributions ne sont pas aisées, plusieurs œuvres de l’atelier sont visibles dans les bâtiments religieux du Jura comme à l’église des Cordonniers de Lons-le-Saunier. L’utilisation de l’ivoire remonte au 16e siècle, date à laquelle Saint-Claude était lieu de pèlerinage et donc d’artisanat. Les petites tabatières exposées illustrent ce type de production très prisée par l’atelier. Les carrières de marbre et d’albâtre déterminaient les matériaux abordables.


François-Marie Rosset, Voltaire,
marbre © Collection du musée
des Beaux-Arts de Dole.
Parlez-nous de cette rencontre avec Voltaire.
Anne Dary.
La rencontre de Joseph Rosset et de Voltaire ouvre à l’atelier de nouveaux horizons. En visite à Saint-Claude, en 1765, pour la défense des « mains mortables », hommes du peuple ne bénéficiant pas des droits de succession, Voltaire ne manque pas d’entendre parler du célèbre atelier des Rosset. De cette rencontre découle une commande, celle du buste du philosophe en marbre, et surtout un tremplin vers la scène parisienne. L’œuvre de François-Marie Rosset nous présente un Voltaire dans son grand âge, affichant un air malicieux et une vivacité d’esprit caractéristique de sa personnalité. Aucun artiste avant lui n’avait obtenu l’autorisation de portraiturer le défenseur des droits de l’homme convaincu de sa laideur. Le succès de cette pièce lui valut une diffusion par la manufacture de Wedgwood. Les bustes de Rousseau, Montesquieu, Buffon augmentent ensuite la notoriété de l’atelier.



« Il est vrai que c’est un vieux et triste visage, mais ce morceau de sculpture est excellent » ( lettre de Voltaire à Damillaville, 21 mai 1766 )

Cette exposition vous a-t-elle permis de faire des découvertes ?
Anne Dary.
En effet, les recherches effectuées nous ont permis de mettre des noms sur des œuvres sans signature comme ces deux Christs en ivoire découverts par un amateur ou encore d’émettre des doutes sur des pièces telles que les sculptures de la cathédrale de Saint-Claude bien antérieurs à la production des Rosset. Le travail de François-Marie bénéficie aujourd’hui d’une revalorisation. Élève à l’Académie des beaux-arts, le peintre-sculpteur part ensuite en Orient d’où il ramène un album d’aquarelles conservé à la Bibliothèque Nationale. L’exposition offre la possibilité d’observer 40 facs-similés tirés de cet ouvrage trop fragile pour voyager. Enrichi par une telle expérience, le style de François-Marie témoigne d’une maîtrise différente.


 Stéphanie Magalhaes
26.11.2001