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Expositions

La face cachée de l’Amérique

Le musée des beaux-arts de Nantes nous familiarise avec une période peu étudiée et pourtant révélatrice d’un tournant dans l’histoire de la photographie : les années 1940-1960.


Ky Kattelson,
Children through doorway,
1950 © Collection Fnac
Puiser dans la collection du Fonds national d’art contemporain pour y sélectionner des œuvres représentatives de l’histoire de la photographie américaine dans la seconde moitié du siècle telle est l'objectif de l'exposition. Des artistes comme Lisette Model, Helen Levitt, William Klein, Robert Frank, Diane Arbus, Leonard Freed participent à cette évocation de la scène artistique dans ces années de transition. L’aspect traditionnel de la photographie laisse place à une approche plus critique dans laquelle les rues de New York deviennent la principale source d’inspiration. Il faut remonter aux années 30 pour trouver les origines de la « Street photography ». La simplification des moyens techniques par l’utilisation d’un appareil 35 mm donne aux prises de vues une plus grande liberté. Après Walker Evans, Cartier-Bresson participe à cette petite révolution dans le domaine de la photographie. « L’objectif de cette exposition est de faire découvrir des artistes dont on a peu parlé comme Louis Faurer, Sy Kattelson, Bruce Davidson ou Ray K. Metzer » explique Arielle Pélenc, commissaire de l’événement.


Louis Faurer,
Fifth Avenue at 34 Street,
New York
, 1958
© Collection Fnac
Environ 50 photographies nous introduisent dans cette tranche de l’histoire américaine, issue de la tradition documentaire à valeur sociale. Les œuvres présentées renouvellent les sujets : quartiers ouvriers et images de la pauvreté se multiplient. Le traitement des clichés se fait plus grossier, les imperfections ne font plus peur, l’École de New York est née. La valeur même de la photographie a changé, délaissant le culte de l’image unique pour favoriser un regroupement par thème. Ainsi William Klein met en forme New York en 1956 et Robert Frank réalise Les Américains en 1959. Le travail de Louis Faurer et de Sy Kattelson livre un visage sans fard de l’Amérique. Né à Philadelphie et ami de Robert Frank, Louis Faurer débute dans la photographie de mode. Ses clichés de nuit, dans les rues, ont pour but de dénoncer les injustices sociales. Enseignant à la Photo League de New York, Sy Kattelson erre dans Harlem et fixe sur sa pellicule la vie des quartiers et le quotidien des pauvres qui y vivent.

En allant à l’encontre du puritanisme de l’après maccarthisme, ces œuvres donnent à la photographie un rôle nouveau, celui d’une morale à l’image. « Cette manière d’aborder les sujets relève d’une démarche très contemporaine. » La récente acquisition du musée des beaux-arts, The ballad of sexual dependency de Nan Goldin trouve sa place dans l’exposition. En 700 images, une bande de 42 minutes et un titre emprunté à l’ouvrage de Bertolt Brecht, l’artiste américaine présente une chronique de son époque : vues d’intérieurs, boîtes de nuit, autoportraits... « Dans un esprit commun aux photographes des années 50, Nan Goldin capture le flux de la vie. »


 Stéphanie Magalhaes
30.11.2001